Description
L’histoire de la paroisse catholique hongroise Saint-Étienne de Saint-Louis est liée à une période relativement tardive de l’immigration hongroise dans cette ville. Au XIXe siècle, les Hongrois n’étaient que sporadiquement présents à Saint-Louis, parmi lesquels Ágoston Haraszthy, József Pulitzer et, en 1852, Lajos Kossuth. Une communauté hongroise plus durable ne s’est toutefois constituée qu’au tournant du siècle, lorsque l’émigration économique, puis l’Exposition universelle de 1904, ont attiré de nouveaux Hongrois dans l’État du Missouri et dans la région de Saint-Louis.
Les Hongrois se sont d’abord organisés au sein d’associations laïques et culturelles. L’Association Saint-Étienne, l’Association culturelle Petőfi, la Maison hongroise, les associations d’entraide féminines et la presse hongroise locale indiquaient toutes que la communauté avait déjà une vie sociale, mais qu’elle ne disposait pas encore d’un centre pastoral catholique autonome. Plusieurs tentatives ont été faites pour organiser les catholiques hongrois : les efforts d’Antal Hegyi, de Károly Böhm, de József Reiner SJ, d’Ödön Neurihrer, de Menyhért Érdújhelyi et de Hubert József Eggemann n’ont toutefois pas abouti à la création d’une paroisse durable. Le projet d’une Église hongroise indépendante, apparu en 1931, a lui aussi échoué.
Le tournant s’est produit en 1933–1934, lorsque János Gyarmathy, prêtre du diocèse de Kaposvár, est arrivé aux États-Unis et a commencé à célébrer des messes en hongrois à Saint-Louis. En 1934, les fidèles hongrois se sont dotés de leur propre église : ils ont acheté une ancienne église méthodiste située à l’angle de la 11e rue et de la rue Chouteau. C’est ainsi qu’est née l’église catholique hongroise Saint-Étienne-de-Hongrie (St. Stephen of Hungary), qui a servi la communauté hongroise locale pendant 22 à 23 ans.
Le père Gyarmathy a non seulement créé un centre liturgique, mais il a également mis en place des organisations communautaires. Il a rassemblé les femmes au sein de l’Association de l’Autel, les hommes au sein de l’Association du Saint Nom de Jésus, et les jeunes dans des clubs distincts. Outre la vie religieuse, la paroisse est devenue l’un des principaux gardiens de l’identité hongroise au niveau local.
Après la Seconde Guerre mondiale, la communauté a vu ses effectifs diminuer, mais les réfugiés du Parti démocrate (DP), puis les réfugiés hongrois de 1956, ont insufflé une nouvelle vie à la paroisse. La paroisse hongroise, en collaboration avec le NCWC, a aidé les nouveaux arrivants. En 1957, cependant, la paroisse Saint-Étienne fut fermée, et les fidèles hongrois se virent attribuer l’église Saint-Marie-des-Victoires, anciennement allemande. Dès lors, cette église historique devint le foyer spirituel de la communauté catholique hongroise de Saint-Louis.
L’église Sainte-Marie-des-Victoires constitue en soi un monument important de l’histoire de l’Église. Fondée en 1843, à l’origine pour les immigrants catholiques allemands, elle est l’une des plus anciennes églises catholiques de Saint-Louis. Au milieu du XXe siècle, la communauté allemande s’étant réduite, sa reprise par les Hongrois a donné une nouvelle fonction au bâtiment. L’église est ensuite devenue connue sous le nom d’« église hongroise » et a conservé les traces de la présence hongroise dans le sanctuaire, les objets liturgiques ainsi que dans la mémoire collective.
János Gyarmathy prit sa retraite en 1957, puis s’installa à Colorado Springs, où il fut assassiné dans des circonstances tragiques en 1961. Son successeur fut István Vrabély, puis, à partir de 1962, Alfonz Skerl, et à partir de 1970, c’est le moine prémontré Gilbert Mihályi qui prit en charge la communauté hongroise. Plus tard, Tibor Furák OSM, puis József Somos furent les pasteurs de la communauté entre 1978 et 1991. Après le départ du père Somos, Saint-Louis s’est retrouvée sans prêtre hongrois, mais l’archevêché a nommé un curé américain auprès de la communauté.
L’église Saint-Étienne a donc fonctionné comme paroisse hongroise autonome entre 1934 et 1957, mais son héritage n’a pas pris fin avec sa fermeture. L’histoire de la communauté s’est poursuivie à l’église Sainte-Marie-des-Victoires, qui est devenue l’un des lieux de mémoire américains importants pour les réfugiés hongrois, les participants à la révolution de 1956 et leurs descendants. L’histoire catholique hongroise de Saint-Louis est ainsi liée à deux églises : l’église Saint-Étienne, éphémère mais véritablement fondée par des Hongrois, et l’église historique Sainte-Marie-des-Victoires, qui est devenue après 1957 le porte-drapeau de la présence catholique hongroise.
L’église d’origine de la paroisse catholique hongroise Saint-Étienne n’existe plus aujourd’hui. L’ancienne église méthodiste, acquise en 1934 et située à l’angle de la 11e rue et de la rue Chouteau, a servi la communauté catholique hongroise de Saint-Louis jusqu’en 1957, date à laquelle la paroisse a toutefois abandonné le bâtiment. Au cours des aménagements urbains ultérieurs, le quartier a considérablement changé d’aspect, et l’emplacement de l’ancienne église est aujourd’hui occupé par des installations industrielles et des usines ; selon certaines sources, le site ferait désormais partie du complexe de la société Purina.
L’histoire de la communauté hongroise ne s’est toutefois pas interrompue avec la fermeture de l’église Saint-Étienne. En 1957, les fidèles ont pu prendre possession de l’une des plus anciennes églises catholiques de la ville, l’église Sainte-Marie-des-Victoires, construite à l’origine pour les immigrants catholiques allemands au milieu du XIXe siècle. Les Hongrois ont transformé l’ancien bâtiment scolaire en presbytère, et c’est là que s’est poursuivie, dès lors, l’activité pastorale hongroise.
L’église Sainte-Marie-des-Victoires existe encore aujourd’hui, et son importance historique est attestée par son inscription au registre national des lieux historiques des États-Unis. Bien que la communauté hongroise ait considérablement diminué au cours des dernières décennies, l’église continue de préserver la mémoire des catholiques hongrois de Saint-Louis. Si le ministère pastoral en hongrois n’est plus aussi régulier qu’au milieu du XXe siècle, le bâtiment reste à ce jour le lieu de mémoire le plus important du patrimoine catholique hongrois local. Ainsi, l’histoire de la communauté catholique hongroise de Saint-Louis n’est plus aujourd’hui liée à l’ancienne église Saint-Étienne, mais à l’église Sainte-Marie-des-Victoires, qui incarne depuis plus de six décennies la continuité de la présence hongroise dans la ville.